Football et argent (par Lachemi Siagh)

Football et argent (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010La coupe du monde de football s’est achevée l’été dernier. Les sommes d’argent impliquées dans une telle opération donnent le vertige. Le budget alloué par le pays organisateur qui est le Brésil pour préparer cet événement se chiffre en milliards d’euros. Des sommes qui ont donné lieu à des manifestations monstres du peuple qui souhaitait que de tels montants soient investis dans la santé, l’éducation et les transports. Néanmoins les retombées économiques de la coupe du monde pour ce même pays se chiffrent également en milliards d’euros.

La coupe du monde est le spectacle le plus vu et le plus observé de la planète. Le nombre de téléspectateurs se chiffrent aussi en milliards. Les droits de retransmission également. Les dépenses publicitaires sont colossales. Les trente secondes d’un spot publicitaire en période de match coûtent des millions d’euros. Pour les fabricants de téléviseurs, d’équipements sportifs, de maillots, de gadgets, pour les voyagistes, etc., ces dépenses ne sont pas inutiles et contribuent à multiplier plusieurs fois leurs ventes.

Lorsque deux équipes européennes s’affrontent sur le terrain, la valeur marchande des joueurs impliqués se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros. On se souvient, les transferts au Real Madrid du portugais Ronaldo et de Gareth Bale se sont fait respectivement pour 90 millions d’euros en 2009 et pour presque 100 millions d’euros en 2013. Le brésilien Neymar a couté au Barça 86 millions d’euros.

La FIFA a distribué 421 millions d’euros aux 32 équipes qui ont participé à la coupe du monde. L’Allemagne qui a été championne du monde a reçu 25,6 millions d’euros, l’Argentine finaliste a reçu 18,3 millions d’euros. Le troisième a reçu 16 millions et le quatrième 14,6 millions d’euros.

Le football est devenu une grande entreprise financière. Les clubs de football professionnels sont maintenant gérés comme des entreprises. De grands clubs comme Manchester United sont cotés en Bourse comme n’importe quelle autre entreprise. D’ailleurs la Communauté Européenne à Bruxelles favorise la cotation des clubs sportifs professionnels en Bourse.

C’est peut être aussi le moyen de relancer la Bourse d’Alger en cotant les clubs algériens !
Les puristes et amoureux du football sont hostiles à cette évolution car selon eux cela dévaloriserait le sport et désavantagerait les petits clubs qui n’ont pas les moyens.

Par ailleurs, comme le montrent certains exemples, la valorisation des titres des sociétés sportives serait extrêmement volatile et favoriserait l’activité des spéculateurs professionnels au détriment des petits épargnants.
Certains préconisent une approche conservatrice qui consiste à favoriser l’appel public à l’épargne de manière encadrée, en autorisant l’émission par les sociétés sportives d’obligations, voire même de titres participatifs. Les titres participatifs, comptabilisés comme des quasi fonds propres de la société, ne donnent pas de droit de vote à l’assemblée générale. Leur rémunération comprend une part fixe et une part variable assise sur l’activité ou sur les résultats de la société. En ce qui concerne les actions, leur émission dans le public pourrait être réservée aux sociétés sportives qui sont directement ou indirectement titulaires de droits réels sur l’équipement sportif dans lequel elles évoluent régulièrement.

En outre, ils estiment que l’épargnant doit être protégé en évitant que des passionnés, pour de simples raisons affectives, n’engagent leur épargne dans des investissements hasardeux dont la valorisation dépend d’un aléa sportif par nature imprévisible sur le long terme.

Les enjeux économiques, financiers et politiques découlant de l’organisation d’une coupe du monde sont majeurs. L’Afrique du Sud avait bien compris cela. Sa candidature a été retenue et elle a donc organisé la coupe du monde 2010. Ce fut la première fois qu’une coupe du monde est organisée sur le continent africain par un pays africain.

La contribution de l’Algérie au football mondial est très substantielle. L’Algérie a enfanté de grands joueurs de niveau international, voire des stars comme Mekhloufi, Madjer, Zidane, Belloumi, pour ne citer que ceux-là. Le peuple algérien dans sa grande majorité est jeune et vit de football. La position géographique de l’Algérie au cœur de la Méditerranée, à un jet de pierre de l’Europe, son appartenance au continent africain, au monde arabo musulman la prédestinent pour l’organisation d’une prochaine coupe du monde. Y a-t-on songé ?

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE

Pourquoi privatiser (par Lachemi Siagh)

Pourquoi privatiser (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010Les théoriciens des organisations nous disent que les entreprises se créent lorsque les marchés sont inefficients. Les entreprises se créent alors pour économiser sur les coûts de transaction (Williamson) quel qu’en soit le créateur, privé ou public.

Aujourd’hui, les adeptes de la mondialisation nous disent de privatiser les entreprises publiques parce qu’elles ne sont pas efficaces et que les entreprises privées, plus dynamiques, et poussées par le moteur de la concurrence, sont mieux à même de réduire les coûts et d’améliorer les services, en cherchant et en écoutant ce que les consommateurs veulent. Par conséquent, les forces du marché sont plus capables de maîtriser les coûts et de répondre aux besoins.

En effet, il y a certaines études qui ont démontré que le secteur privé est plus efficient. Mais en même temps, d’autres études ont montré que le secteur privé n’est pas forcément plus efficient que le secteur public. Toutefois, la plupart ont montré qu’il n’y a pas de différence significative.

En fait, dans les différentes expériences à travers le monde on trouve des entreprises publiques plus performantes que des entreprises privées et des entreprises privées plus performantes que des entreprises publiques. Dans le secteur de l’eau, les entreprises publiques japonaises et hollandaises, par exemple, sont plus performantes que les entreprises anglaises ou françaises. Il en est de même du secteur de l’électricité.

A vrai dire, la détention du capital par l’un ou l’autre des deux secteurs n’est pas déterminante. J’ai personnellement travaillé plus de dix ans dans deux institutions financières à 100 % publiques en Amérique du Nord. Ces deux institutions sont connues pour être le fleuron de l’économie et les plus performantes. Le secret de leur performance réside dans quatre facteurs. Un système de recrutement qui sélectionne les meilleures compétences dans le domaine, un système de rémunération des plus compétitifs, une forte culture d’entreprise qui favorise une créativité perpétuelle et, enfin, et surtout, un système de gouvernance qui privilégie la séparation des impératifs de gestion de la détention du capital.

A ce dernier sujet, le dirigeant principal de chacune de ces deux institutions est nommé pour un terme supérieur à celui d’un gouvernement pour marquer l’indépendance du dirigeant qui peut exercer ses fonctions sous deux gouvernements qui peuvent être issus de partis différents. Sur treize membres du conseil d’administration, onze sont choisis en fonction de leurs compétences au sein du secteur privé et ne représentent donc pas le gouvernement. Le conseil d’administration supervise la direction de l’entreprise. Les membres du conseil, gestionnaires ou professionnels du secteur privé, ont l’expertise et l’expérience qui fait que l’entreprise, même si l’Etat en est le seul actionnaire, est gérée selon les standards d’efficacité et de qualité de gestion d’une entreprise. Le système fonctionne très bien aussi parce qu’il existe un principe sacrosaint qu’ils appellent «public acountability», c’est-à-dire rendre compte de sa gestion des deniers publics. Il s’agit du principe du devoir de fiduciaire. Ils sont les fiduciaires des deniers publics comme les administrateurs d’une société cotée en Bourse sont les fiduciaires des actionnaires.

Privatiser n’est donc pas seulement le transfert de propriété d’une entreprise détenue par l’Etat à des intérêts privés, mais c’est surtout l’adoption d’un état d’esprit, d’attitudes et d’un mode de gestion qui obéit aux règles du marché. L’entreprise viserait alors comme objectif principal la recherche du profit. Pour ce faire, un changement profond dans la philosophie, la stratégie, la culture et le fonctionnement de l’entreprise est nécessaire.
Pour revenir à l’Algérie, si l’Etat tient à garder et faire prospérer des entreprises qu’il considère comme stratégiques, il faudrait probablement mettre en place au sein de ces entreprises les facteurs clés de succès que nous venons d’énumérer.

Pour ce qui est des autres entreprises moins stratégiques, l’Etat, ne devant pas être entrepreneur, serait bien avisé de les privatiser, surtout si les conditions suivantes prévalent, à savoir une carence en ce qui a trait aux compétences managériales, une technologie obsolescente ou un produit en phase de déclin et, enfin, une perte de parts de marché.

Les autorités concernées ont tout intérêt à accélérer le processus de privatisation de ces entreprises avant que les investisseurs ne créent des capacités de production plus modernes, plus efficaces et plus compétitives, ce qui aura pour effet une perte de la valeur de ces entreprises et, surtout, une perte d’emplois que l’on veut à tout prix maintenir en retardant la privatisation.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE